4. Réflexion sur le langage

 

a) Langage et pensée

  Pour les sophistes il faut maitriser la parole pour s’assurer un pouvoir sur les autres. Grace à la persuasion, on peut manipuler les autrer, les persuader, les flatter pour mieux les dominer et les écraser. Cette conception du discours se justifie en affirmant que le langage est incapable de signifier les choses. Si je dis, par exemple, que le lait est blanc et que le tableau est blanc, alors il faudra dire que le tableau est lait. Le langage est donc incapable de parler de la réalité, il ne sert pas à signifier les choses mais simplement à communiquer. C’est quelque chose qui facilite les relations sociales. Ce qui importe ce n'est donc pas ce dont on parle mais c'est celui à qui on s'adresse. Voilà pourquoi il faut savoir jouer sur ses sentiments pour lui faire croire ce que l'on veut.

Aristote pour critiquer les sophistes, va réfléchir sur le langage. « Tout discours est signifiant » autrement dit le langage doit avoir un sens parce qu'il signifie quelque chose. Un langage est donc un ensemble de signes. Qu’est-ce qu'un signe? Il y a deux formes de signes : les signes naturels - par exemple, la fumée est le signe qu'il y a un feu -  et les signes conventionnels qui sont arbitraires - on va décider, par exemple, que tel mot "horse" désigne cette réalité cheval. 

Grâce à cette distinction, Aristote insiste sur l’idée qu’il y a un décalage nécessaire entre les mots et les choses. Les mots sont limités et les choses sont infinies. Voilà pourquoi il y a toujours une ambiguïté des mots: un même mot peut toujours signifier plusieurs choses mais le mot n'a de sens que s'il a un sens. Or, comment les mots pourrait-il avoir un sens si par définition ils en ont plusieurs et justement les sophistes vont jouer sur cette pluralité de sens pour montrer que le langage ne peut pas servir à parler les objets mais peut juste servir à manipuler? Or, Aristote constate que ce qui donne un sens au mot, c'est ce que la personne pense au moment où elle parle. Il n'y a donc pas de langage sans penser.

A partir de ces analyses on peut faire deux remarques :

- Ce qui donne sens au discours ce ne sont pas les mots employés. En effet, le signe n’a de sens que s'il s’efface derrière ce qu’il signifie autrement dit derrière le signe il faut voir ce qu’il vise c’est-à-dire ce à quoi pense la personne qui parle et donc ce qui donne un sens au signe c’est la pensée. Or, la pensée se rapporte à l’essence des choses. Quand je pense à l'ours, je ne pense pas à la constellation mais j’ai une idée à l’esprit, celle d'un animal polaire avec une fourrure blanche. EN clair quand je parle, je pense à l'essence des choses. Et l'essence, c'est ce qui permet de définir la chose.

Dès lors, dans la mesure où la pensée vise l’être des choses et que la pensée donne sens au discours, le discours renvoie à l’être par le biais de la pensée. Or il est impossible qu'une chose soit ce qu’elle est et soit, en même temps et sous le même rapport, son contraire. Je ne peux pas dire que l'ours est grand et que le même purs est petit en mêe temps car je me contredirais. Mon discours parce qu'il est incohérent n'aurait aucun sens. Le principe de non contradiction devient le principe essentiel du langage.

 - Or, le sophiste qui dit que les mots n'ont pas de sens, se contredit avec lui-même car ce qu'il dit a un sens. Donc lorsqu'il le dit, soit il ne pense pas vraiment ce qu'il dit soit il ne dit pas ce qu'il pense car il est animé de mauvaises intentions. Dans les deux cas, son discours est réfuté.

 

b) Langage humain et communication animale

  •  La thèse de Descartes

Pour Descartes, il n’y a pas une différence de degré entre l’homme et l’animal mais il y a une différence de nature. L’homme n'est pas un animal plus évolué, ce n'est pas un animal. L’homme et l’animal sont donc deux êtres totalement différents et c'est surtout perceptible au niveau du langage : supposons qu’on prenne le plus abruti des hommes il trouvera toujours un moyen de signifier ce qu’il veut dire. En revanche, prenons le plus évolué des animaux qui a tous les organes pour parler. Il est incapable de signifier quoi que ce soit parce qu’il ne pense pas.

La différence entre l’homme et l’animal c’est donc la pensée. En clair, Descartes va assimiler l’animal à une machine déterminé par ses pulsions, par sa nature. Les animaux sont capables de communiquer mais la communication ne sert qu’à exprimer immédiatement leurs besoins vitaux, biologiques. Cette communication peut être plus performante que n’importe quel langage humain. Par exemple une abeille, en dansant, peut désigner à une autre abeille la position exacte  d’une fleur dans un jardin qui se trouve à 8 km mais elle est incapable d'exprimer autre chose que ce que ses instincts la déterminent à dire. Elle ne peut pas parler pour ne rien dire ou juste dire qu'elle n'a pas envie de parler. ou enfin mentir pour tromper sciemment les autres abeilles.

 Autrement dit ce qui fait la différence entre l’homme et l’animal ce n’est pas la complexité mais c'est la pensée. Pour nous faire comprendre ce qu’il veut dire Descartes va prendre un exemple, celui de l’animal machine. Supposons qu’on fabrique une machine qui ressemble à un animal qui a toutes les apparences d’un animal et qu’on la programme pour qu'elle ait les mêmes comportements que l’animal réel. Il sera impossible de distinguer l’animal véritable de l’animal machine. Supposons, en revanche, qu’on me mette face à un homme et un homme-machine, il me sera très facile de les distinguer en leur parlant : la machine est programmée pour apporter un certain type de réponses prédéfinies alors que l'home peut dire ce qu'il veut ou même ne rien dire s'il le veut.

En clair pour Descartes, l’homme n’est pas déterminé, pas déterminable: il est libre.

  •  La critique de la prétention humaine à être supérieur à l’animal

Pour Freud, les thèses de Descartes sont totalement irrationnelles parce qu’elles présupposent l’existence d’un esprit libre qui pourrait s’autodéterminer, qui serait déterminé ni par les lois de la matière ni les lois du vivant. L’esprit dont nous parle Descartes n’est que le fruit de la superstition. La superstition consiste, en effet, à croire qu’il y a des forces surnaturelles, des phénomènes qui échappent aux lois de la science.

Or, au point de vue scientifique, il n’y a aucune distinction possible entre l’homme et l’animal. La génétique confirme la thèse de Freud : tous les êtres vivants sur terre dérivent du même être. Or, certains éthologues notamment ceux qui étudient les primates vont justement démontrer que  les comportements humains sont similaires à ceux des autres grands primates (chimpanzé, gorille ou orang-outan) les mêmes comportements que les primates et que certains animaux ( cf. l'exemple de Sarah des premack) sont capables de raisonnements et ont des facultés d'abstraction comme les hommes. Autrement dit l’intelligence n’est pas l’apanage de l’humanité mais l’intelligence est déterminée biologiquement par la taille et la forme du cerveau. En clair, l’intelligence n’est liée à l'âme ou l'esprit mais elle est liée aux mécanismes cérébraux. (cf. les neurosciences et l'intelligence artificielle)